Lettre d’Émilie, infirmière en lutte à la clinique du pont de chaume

triste ce soir

A tous ceux qui prendront le temps et la peine de me lire, Bonsoir,

je m’ appelle Émilie, j’ai 35 ans,  je suis mariée et maman de 2 enfants de 20 mois et 7 ans.

Je suis aussi infirmière, au bloc opératoire de le clinique  du pont de chaume, à  Montauban  et ce depuis ma sortie de l’école d’infirmière, en 2006.

Je n’ai connu, depuis que je suis infirmière, que cette entreprise dans laquelle j’ai passé mon diplôme.

J’ai connu et fait la grève de 2010, dont vous vous souvenez peut être, tant par sa durée, 18 jours, que par sa mobilisation, plus de 350 salariés grévistes dans la rue. Ce combat a été très long, éprouvant, mais il nous a permis de revendiquer nos droits et d’acquérir de nombreuses avancées.

Si j’écris ce soir c’est parce que je suis de nouveau en grève, ou plutôt en lutte, depuis le 22 octobre 6h00.

Cette grève fait suite à 2 débrayages , un mené  en juin l’autre  en juillet.

Nos  revendications sont simples et communes à de nombreuses entreprises :

Nous voulons

-de meilleures conditions de travail: remplacement des départs et nouvelles embauches, restructuration des services autour du patient et non de la rentabilité de celui ci,  respect des plannings, achat de matériels ( réchauffeurs pour les patients au Bloc, tapis de transfert des malades, couvertures, brancards et matelas….)

–  des revalorisations de salaire: prime d’intéressement suite aux bénéfices que nous avons fait gagner à notre entreprise…

– 1 jour de congé annuel supplémentaire par décennie de travail dans la clinique

– la suppression des jours de carence  et 9 jours enfant malade.

Voici la liste non exhaustive de nos revendications que nous estimons légitimes aux vues du travail que nous effectuons chaque jour.

Avant la grève j avais demandé à bon nombre de personnes comment elles se sentaient dans leur boulot; il faut savoir que j ai aussi fait partie des délégués du personnel et du CE ( que j ai quitté pour raisons médicales, pour les curieux, ou mauvaises langues) et que toutes les personnes avec qui j ai eu l’occasion de parler ont été  unanimes dans leur réponse:

 » j’aime mon  boulot mais c est dur

pfff, j ai pas envie d y aller

j en ai marre de ce boulot à la con

je suis épuisée, j en pete

de toute façon la haut ils s en foutent

les réunions de services, tu parles, rien ne change après

y en a marre, c est toujours pareil, les mêmes qui triment

Je cherche ailleurs, j’en peux plus

Il me faut des gardes, j’ai la bagnole qui lâche »

La encore je ne vous fais qu’un bref résumé de tout ce qui est dit

…….

et moi, quelle était ma situation?

ben la même, pas trop envie de me lever le matin, peur de la sauce à laquelle j allais être mangée, et de l’état dans lequel j’allais rentrer chez moi; boule au ventre à l ouverture de la fiche de paie en me remémorant les astreintes faites ( et j ai cette chance de pouvoir travailler plus pour gagner plus!)

Oui, je ne suis qu à 3/4 temps, en congé parental, de toute façon ma santé plus que fragile et les horaires de mon mari ne me permettraient pas d’assurer mon rôle de maman à temps plein. J’admire d’ailleurs toutes ces femmes à 100% qui arrivent à assurer à la maison après des journées de 10 ou 12 heures. Je vous garantie que vous rentrez rincés.

L’autre solution aurait été aussi de ne pas avoir ni mari, ni enfant, mais non ce n était pas envisageable pour moi.

Donc me voilà confiante à la veille de ces 2 débrayages, confiante en la mobilisation, vu que tout le personnel se plaint de ces conditions de travail; et confiante en la direction, me disant que son but, comme toute grande entreprise, est que ses salariés se sentent bien, encouragés, valorisés, fiers de venir bosser pour être plus efficaces, rentables…

Mais ça ne s’est pas vraiment passé comme ça.

Les 2 débrayages n’ont pas suffit à faire entendre à notre direction le mal être de tous, bien au contraire. Les remaniements de services se sont confirmés, les postes vacants n’ont pas été remplacés, la charge de travail n’a fait qu’augmenter…..

Après plusieurs AG nous en sommes donc  arrivés à la conclusion suivante: on pose un préavis de grève pour que la direction comprenne que nous n’en pouvons plus.

Voilà, notre préavis a été donné le 20 octobre.

Nous aurions pu démarrer la grève sur le champ, en suivant l’AG, puisque nous sommes une entreprise privée, mais nous n’avons surtout pas voulu prendre les patients en otage, nous avons  laissé à la direction l’ultime possibilité de négocier avant que nous ne sortions, ou de s’organiser pour évacuer dans les meilleures conditions les patients restants.
Nous avons prévenu les médecins avec qui nous travaillons afin de les mobiliser, de nous confier, comme eux peuvent le faire lorsqu’ils sont découragés, déçus voire en colère par rapport aux choix faits par la direction.

Nous pensions, hélas à tord avoir le soutien d’une majorité de l’équipe médicale mais nous nous sommes très vite retrouvés seuls, seuls face à un mur, celui du pouvoir pour les uns, de l’argent pour les autres, de la peur certainement aussi, de l’incompréhension pour beaucoup surement et en cela nul soutien n’est plus possible aujourd hui.
Aujourd’hui la direction nous méprise, notre directeur a fuit, d’autres encore raconte des mensonges disant que nous empêchons les SAMUs de passer, que nous laissons les femmes accoucher sur le parking, le dialogue semble rompu, a t’il seulement déjà existé, et est il seulement possible en 2015 que des salariés puissent exprimer, revendiquer des droits à leur patron? J’en doute, comme en 2010.

je suis triste ce soir, triste parce que  nous travaillons TOUS, grévistes et non grévistes, médecins et paramédicaux pour la même chose: la QUALITE des SOINS et non le profit et l’argent comme nous l’impose notre groupe financier.

Je suis triste de constater que vous passer à cˆoté de nous, vous Patients, sans nous voir, peut être n’osez vous pas vous arrêter, triste de me faire insulter par certains, en direct ou par réseau sociaux, triste de voir mes collègues, paramédicaux ou médicaux être capable de se cacher, d’inventer n’importe quoi pour éviter de passer devant nous, triste de mettre ma famille, mes amis de coté depuis 12 jours maintenant pour mener cette lutte épuisante, éprouvante, triste enfin de devoir justifier mon combat, notre combat pour vous, pour moi, pour nous.

Nous ne mordons pas, je ne mords pas, je sais que nos actions vous déplaisent parfois parce qu’elles bouleversent votre quotidien, parce qu’elles sont imprévues, parce que je sais oh combien il n’est pas drôle d’attendre sans comprendre pourquoi, mais c’est la seule façon que nous avons de nous faire entendre, de faire entendre vos droits de patients à une prise en charge de qualité, que nous voulons, nous soignants, haut de gamme pour vous. alors arrêtez vous donc un instant, discutez avec nous, patientez 10 petites minutes en regardant notre petit balais de grévistes frigorifiés. et Rappelez vous surtout que nous sommes avant tout des hommes et des femmes qui militent pour promouvoir la santé et des soins de qualité.

Cordialement

Émilie R

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